samedi 8 juin 2013

Fire Emblem Awakening


De la cinématique en relief sur 3DS.

Nintendo / Intelligent Systems
Genre : Tactical RPG
Verdict: 5/5


Si vous avez manqué le début

S'il est un genre tombé en désuétude auprès du grand public, c'est bien le Tactical façon JRPG. Tout au plus le tolère-t-il sur son smartphone, passe-temps de 5 minutes noyé dans l'overdose de données zappées par la Génération Débilla allo quoi.
Oubliés, les Tactics Ogre et autres Front Mission. Retournés dans leur niche, les Disgaea et les FF Tactics. A tel point que Fire Emblem, une des séries "emblématiques" (ha !) du genre, a lâché son épisode Awakening sur 3DS comme un baroud d'honneur, un dernier tour de piste avant abandon définitif. "Quitte à en finir, autant partir en beauté", ont du se dire les auteurs du jeu. Et les voila qui polissent les systèmes de règles, qui peaufinent le graphisme, qui optent pour l'ouverture aux néophytes avec des options facilitant la prise en main. Le résultat ? un excellent T-RPG qui plaira aux petits débutants comme aux grands pros.


La carte et son quadrillage, pierre angulaire du T-RPG.

En détail

Dans ma jeunesse ô combien lointaine, l'an de grâce 1987 tout particulièrement, les "Wargames" sur Ordi (ancêtres du Tactical) affichaient déjà crânement leur grille de déplacement sur laquelle on déplaçait minutieusement ses armées, tours après tours. Le concept d'affrontements selon le vieux principe "pierre-feuille-ciseaux" était déjà en place, lui aussi, agrémenté de moult paramètres tels que le type de terrain ou la présence de troupes d'appui. Le genre a beau avoir changé d’appellation, 25 ans après on se retrouve encore devant son quadrillage et ses p'tits sprite en 2D.
Niveau scénar rien de très nouveau non plus. On retrouve de l'heroic-fantasy pépère, avec une bonne louche de magie et un soupçon de Dragons, et une entrée en matière bien clichée. Des royaumes en guerre (bah oui, sinon pas de Tactical) et du héros amnésique (pour la 3.425.846e fois dans un Jeu Vidéo) auquel on va confier l'avenir du pays d'Ylisse. Oui, le sage Prince Chrom et ses acolytes ne vont pas hésiter à mettre leur destin et celui de tout un peuple dans les mains d'un(e) inconnu(e) sans mémoire, vous !

Malgré ce démarrage qu'on qualifiera pudiquement de "gentil", comment Fire Emblem s'en sort-il pour époustoufler le péquin de base ? D'abord, une présentation soignée. Chaque protagoniste bénéficie de chouettes portraits 2D et d'une fidèle reproduction 3D. Le Chara-Design, comme on dit dans la langue de Jackie Chan, est un bonheur de Looks androgynes et d'attitude Bad ass version Nippone (c'est-à-dire rien dans les muscles, tout dans la garde-robe ; -). L'aventure est soutenue par une musique orchestrale du plus bel effet. Sur le plan ergonomique les nombreuses informations sont présentées clairement, avec un usage efficace de l'écran tactile puisqu'on peut pointer n'importe quelles compétences ou caractéristiques pour en obtenir immédiatement un descriptif.
Mais le point crucial vient des différents systèmes de combats et d'affinités, sublimés dans ce nouvel épisode de la saga Fire Emblem. La série est connue pour son concept Hardcore : pléthore de combattants uniques et mort définitive lors des batailles. Dans Awakening, les auteurs ont gardé cette possibilité tout en facilitant l'accueil des débutants, en leur proposant une option pour désactiver la "permadeath", avec un niveau de difficulté adéquat ("Normal"). Ainsi on évite, pour les gamers fragiles du cœur, le traumatisme du reboot (L+R+Start) à chaque décès d'une unité chérie. Pour les plus endurcis, les vieux de la vieille qui en ont dans l'caleçon, les vieilles du vieux qui monologuent du vagin, le mode "Difficile" les attend de pied ferme et de main tendue (dans ta gueule).
Car le principe du Tactical-RPG est de voir évoluer ses personnages, chaque montée de niveau étant accompagnée de bonus sur les caractéristiques (Vie, Force, Défense, Vitesse, et toute la clique) selon sa Classe. Et coté métiers, toutes les corporations médiévales fantastiques sont représentées : Guerrier, Archer, Chevalier, Voleur, Mage et Prêtre, mais aussi de l'exotique avec les Manaketes (qui se transforment en Dragon) ou les Taguels (qui se transforment en... truc zarbi). La Classe détermine le type d'armes accessible, chacune disposant de forces et faiblesses et permettant le corps-à-corps ou l'attaque à distance.
Une fois le niveau 10 atteint, à force de combats, une nouvelle série de Classes "Avancées" sont accessibles. A vous les glorieux Paladins, preux Chevaliers Griffons, fières Valkyries et mystérieux Maîtres Tacticiens. En tout une vingtaine de Classes de base et autant de Spécialisations, sans aucune limitation imposée. Un personnage pourra à tout moment, passé le niveau 10, changer de métier moyennant l'utilisation de l'objet adéquat.
Chaque classe apporte son lot de compétences, certaines "passives" donnant divers bonus ou coups spéciaux se déclenchant sous certaines conditions, d'autres '"actives", à lancer par le joueur. L'occasion de pimenter les duels avec des retournements de situation inespérés (genre "j'esquive deux attaques à la suite alors que je suis presque mort, puis je délivre une fatalité !", comment j'suis trop puissant), accompagnés de spectaculaires effets graphiques et sonores.
Le placement sur le champ de bataille est absolument primordial. Deux unités amies côte-à-côte se soutiendront mutuellement, augmentant leurs caractéristiques et, occasionnellement, se protégeant d'une attaque. On peut aussi les associer, les deux entités se dirigeant ainsi comme une seule troupe.
Dans Fire Emblem cette notion d'assistance est poussée au maximum. Les personnages développent leurs affinités au fur et à mesure des combats, occasionnant des bonus de plus en plus conséquents, leurs liens affectifs augmentent lors de scénettes généralement drolatiques, jusqu'à atteindre le mariage pour les unités compatibles (sans mariage pour tous, jeu Nintendo oblige). Cette possibilité est loin d'être anecdotique puisque le fruit de l'union de deux personnages engendrera l'apparition d'une quête annexe permettant de recruter l'enfant du couple, surgi du futur par une astuce de narration improbable mais fort utile ! Les gamins héritent en effet des compétence de leurs ascendants, permettant au joueur de récupérer une unité déjà formée prête à la baston.

L'arc scénaristique principal n'offre pas une originalité folle, et on s’intéresse finalement moins à la grande Histoire pour privilégier le suivi des relations entre nos avatars, qui ne manquent pas de bavarder entre eux dès que l'occasion se présente.
Les conditions de victoire des batailles sont en grande majorité réduites à un nettoyage en règle de la carte, mais parfois on vous demandera de protéger une unité indépendante ou de remplir une condition particulière, comme faire gagner un niveau à une nouvelle unité pour la recruter.
Les choix tactiques offerts au joueur sont vastes, avec énormément de variables à prendre en compte, sachant que la moindre erreur de positionnement ou de sélection d'arme se paie cash en mode "Difficile". Les add-on gratuits permettent de gagner de nouvelles unités ainsi que des récompenses selon le niveau atteint par son armée adorée. On sera moins enthousiaste concernant la politique de quêtes payantes proposée par Nintendo, facturées de 5 à 8 € pièce ! Honteux. Fort heureusement le jeu de base offre déjà suffisamment de biscuits pour éviter de se faire éponger le portefeuille par ces DLC à la con (DLC ? DTC !).
Les plus assidus pourront profiter du jeu multi en duo dans le mode "Tournoi", ou simplement échanger leur équipe de choc pour se la péter grave. Les plus mordus pourront rejouer le scénario principal ad nauseam, avec une difficulté toujours accrue (Lunatique et Lunatique+, réservés à l'élite de la Nation), pour tester toutes les combinaisons entre personnages et contempler la tronche de leurs rejetons. De quoi dépasser allègrement la centaine d'heures de jeu. Fire Emblem rempli sa mission haut la main, fournir un T-RPG pour portable agréable, en cajolant délicatement les amateurs et en brutalisant les hardcore gamers (qui aiment ça, les bougre(sse)s.

Les affrontements sont joliment mis en scène.